Quand « Superwoman » chute…

Beng Melea

Dimanche 9 novembre 2014, je chute dans les escaliers. Le nez de marche percute le bas de mon dos et j’ai le souffle coupé pendant une bonne minute. Il faisait très beau ce jour là. Je m’apprêtais à donner un cours dans un village reculé de Siem Reap. J’y allais tous les dimanches afin d’enseigner aux enfants défavorisés de la campagne cambodgienne un jeu qui se joue sur soixante-quatre cases. Après avoir monté mon projet sur une plateforme de crowdfunding, j’essayais de garder le rythme en publiant sur mes deux blogs et sur Facebook. J’étais pleine de vie à ce moment là et je n’arrêtais pas de courir tous les jours en plus de mes 48h à l’atelier.

« Allons sagement et doucement ; trébuche qui court vite. » – William Shakespeare

Mais voilà que je chute et je sens mon dos qui se fracasse au contact du nez de marche. Je perds mon souffle pendant que mon regard se fige sur le beau ciel bleu. A ce moment là, j’ai cru que j’allais mourir seule un dimanche dans les escaliers de ma terrasse. Ma première pensée a été « Mince alors! Je ne pourrai plus donner des cours le dimanche… ». Je retrouve mon souffle après une minute et j’éclate en sanglots comme un gros bébé. Je peine à me relever. Un voisin expat que je connais pas, réveillé par le bruit sort de chez lui, et me voit sanglottante dans les escaliers. Il retourne chez lui…


Je me sens terriblement seule à ce moment là


Je marche péniblement jusqu’au premier tuk-tuk. Il m’amène à la boulangerie du boulevard Sivatha où je continue à pleurer comme un bébé parmi les touristes qui boivent tranquillement leur café. J’envoie un message à mes amis sur place qui ne prennent pas conscience à ce moment là que j’avais vraiment besoin d’un réconfort. Je ne peux pas les en vouloir. Chacun avait de la visite et ne pouvait pas me venir me soutenir. Je finis par avoir un numéro d’une petite clinique Khmer. Je passe la matinée là bas où on me fait des radios. Le tout me coûtera 40 dollars, rien quand on sait que je n’ai pas d’assurance.

Bloquée une semaine sur mon lit

Le médecin me met en arrêt pendant une semaine. Je reste allongée sur le dos à regarder le plafond dans ma chambre de 9 mètres carrés. Je vais une fois par jour récuper deux riz frits et des oréos pour la journée. Je mets 1 heure et demi aller-retour au lieu des 20 minutes habituels. Pendant une semaine je réfléchis au sens de la vie sur mon lit. Alors que marcher très lentement était pénible au début, l’exercice quotidien devient petit à petit un moment de méditation. Je prends conscience de mon corps dans son ensemble et chacun de mes mouvements prend sens à mes yeux. En ralentissant mes pas, j’observe vraiment les gens et le ballet incessant des tuk-tuk.

Le monde n’a pas besoin de moi

Sur ce lit, je prends conscience que je suis toute petite dans ce monde et qu’il n’a pas besoin de moi pour avancer. Il ne sert à rien de remplir sa vie de projets et d’activité pour s’occuper l’esprit même quand ça nous fait plaisir de le faire. Je me rends compte aussi que malgré le fait que je sois bien entourée, je suis quand même seule avec moi-même et qu’il va falloir apprendre à s’aimer et à se débrouiller seule. Je ne peux pas attendre des autres qu’ils soient toujours là pour moi. Les jours qui ont suivi cette chute, mon café avait du goût et j’étais heureuse d’être encore en vie. Juste respirer était un pur bonheur. Même si cette chute est plus traumatisante que grave, elle a eu au moins le mérite de me réveiller et d’éteindre ce mental trop présent. Une chute n’arrive jamais pas hasard. La petite anecdote est que j’avais vu une voyante et guérisseuse une semaine avant par curiosité parce tout le monde en parlait. Elle avait vu une douleur dans le bas de mon dos. Et moi perplexe, je lui avais dit « Euh non, tout va bien dans le bas du dos… ».

J’écris cet article alors que je viens d’arriver à Berlin où à la date du 9 novembre 1989, le mur a chuté sous le coup des pioches de jeunes Allemands de l’Est et de l’Ouest. Et si nous aussi nous abbations tous les murs de notre mental afin de laisser fleurir un peu de liberté?
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Qui suis-je?

Koh Rong

Je m’appelle Marina. Voilà deux ans déjà, je m’envolais pour un stage éthique à l’autre bout du monde dans un pays d’Asie du Sud-Est. Un aller simple tout simplement. Je n’avais aucune idée de la date du retour. J’ai le souvenir d’avoir été stressée et d’avoir beaucoup pleuré. Vous laissez votre amoureux sur le palier de l’appartement en espérant le revoir dans 6 mois. Mais au fond de vous, vous ressentez les derniers adieux à l’instant même où les portes de l’ascenseur se ferment. Il est 5h30 du matin dans les rues de la ville et il n’y a pas un chat.

Dans le métro qui vous mène à la gare, vous réalisez que c’est en quelque sorte le voyage de votre vie. Vous savez, celui que vous rêvez de faire après avoir vu « Into the Wild ». Vous partez à l’aventure avec vos rêves et vos idées préconçus sur le monde. Vous ne réfléchissez pas un instant à la question : « mais le monde a-t-il réellement besoin de moi ? ». Les photos sur internet et les articles lus ici et là vous confortent dans votre choix d’aller découvrir l’inconnu et d’apporter votre pierre à l’existence. Je vais aller aider un monde que je ne connais pas.

J’étais jeune et j’avais envie d’agir par mes petites actions quotidiennes, comme si partir dans un pays tel que le Cambodge, était un devoir de l’existence. Mais où avais-je la tête ? Et quelle prétention finalement. Après deux ans sans être rentrée une seule fois en France, c’est le Cambodge qui m’a changée. J’y ai rencontré un peuple fabuleux avec le cœur sur la main. Je suis aussi passée par plusieurs stades au niveau des émotions. J’ai aimé vivre de manière traditionnelle, puis j’ai adoré faire du lèche vitrine à Bangkok et me jeter sur le premier « fast food » après un an sans « modernité ». Je relativise « modernité » car on vit quand même très bien à Siem Reap, au pied des temples d’Angkor.

Comment j’en suis arrivée là ? J’ai toujours rêvé d’être styliste, comme beaucoup de jeunes filles. Mais pour diverses raisons, j’ai souvent eu des difficultés à me détacher de mon image d’ «intello geek surdouée». J’aurais tant bien que mal un Deug de physique et de droit. J’aurais été en CDD, puis en CDI rapidement dans une superbe entreprise avec des collègues en or. Mais l’appel du rêve a été plus fort. Après un an de formation mouvementée au sein d’une école de mode, je m’envole donc pour un stage non conventionné au Cambodge. Je découvre l’univers du commerce équitable avec ses bons et mauvais côtés.

Un jour alors que je dessinais seule sur une terrasse en admirant le coucher de soleil, je rencontre un designer de bijoux qui complimente mon coup de crayon. Je suis flattée. Les jours passent et je recroise cet homme qui m’a complimenté. Il me parle d’un styliste très connu dans la ville. Il me dit qu’il va le contacter et lui parler de moi. Je suis naïve mais il y a des limites. Voilà qu’après 4 mois d’attente, je m’empresse de réserver mon billet retour. Au moment d’envoyer ma pièce d’identité pour confirmer mon vol, je reçois un e-mail de ce « fameux » styliste m’invitant à m’entretenir avec lui. Il faut savoir que j’étais décidée à rentrer et que j’y suis donc allée par curiosité à cet entretien. J’avais surtout dit à mon amoureux de l’époque que je rentrais. Le pauvre, ça faisait 4 mois qu’il attendait lui aussi de savoir si j’allais revenir.

Mais voilà. Imaginez la scène. On m’annonce que je suis embauchée en tant qu’assistante styliste. Le rêve d’une vie qui se concrétise. Le choix n’a pas été simple, mais je suis restée après avoir pleuré toutes les larmes de mon corps. Mes copines m’avaient dit : « Imagine tous les matins où tu t’es levée pour aller à l’école ! C’était pour ton avenir ». J’ai donc travaillé deux ans dans ce pays étranger sans assurance. J’aurais connu des moments de joies intenses avec des amis de passage ou des locaux, mais aussi des déconvenues comme par exemple la perte d’un être cher à des milliers de kilomètres, le licenciement brutal, ou une chute grave dans les escaliers. Chaque jour, j’ai dû faire preuve de « résilience » pour colorer chaque nouvelle seconde de ma vie d’une note d’espoir.

A travers ce blog, vous lirez mes réflexions sur le voyage et la vie à travers mes expériences en tant qu’« immigrée » au Cambodge pendant deux ans. Je ne prétends détenir aucune vérité, mais je ressens surtout le besoin d’écrire pour extérioriser cette aventure hors du commun. Aujourd’hui, je comprends qu’il faut vivre pleinement l’instant présent et déconstruire nos schémas préconçus pour saisir sans jugement toutes les subtilités de ce monde. Voyager est important pour voir le monde et le comprendre. Voyager c’est aussi se voir soi-même et s’accepter. J’aborderai aussi le thème du « rêve », de la « passion » et de l’ « ego », ces trois mots qui rythment ma vie au quotidien. Merci de me lire si vous êtes de passage et bienvenue à vous !